nuit-nomade-1

« Le cœur est heureux chez lui ». Est-ce là la dernière étincelle, le dernier souffle d’un mode de vie qui s’éteint alors que partout, la modernité aspire inexorablement les dernières communautés restées à sa marge ?

La Nuit Nomade, un film documentaire fascinant de Marianne Chaud, nous conduit au sein d’une communauté nomade vivant sur les hauts plateaux himalayens à 4 500 m d’altitude.

Pour l’amoureux de l’Himalaya que je suis, le visionnement de ce film fut une expérience empreinte d’émotion.

D’abord, en raison des images captivantes montrant le quotidien d’une petite communauté nomade du Karnak vivant dans des conditions extrêmement rudes au cœur des vastes espaces dénudés absolument sublimes du Ladakh.

Mais aussi à cause des dialogues, sous-titrés car la réalisatrice parle la langue de la région, nous faisant partager les inquiétudes des nomades, lesquelles constituent le propos essentiel du documentaire. Que devons-nous faire ? Rester ou partir ? Dans un cas comme dans l’autre, que deviendrons-nous ?

Ici, point de grands concepts pour exprimer l’ambivalence, le désarroi face à l’avenir. Les mots viennent du cœur et expriment le déchirement avec une authenticité qui ne cesse de nous interpeler.

Les valeurs traditionnelles partagées par les membres de cette communauté du Karnak y sont exposées en toute simplicité : l’attachement au terroir, à la communauté, à la famille, aux chèvres et aux yacks qui constituent leur principal moyen de subsistance; l’indépendance et la liberté qu’offre la vie nomade. « Ici, nous sommes indépendants grâce à nos chèvres. Là-bas, nous serons les serviteurs des autres », dit Kenrap.

On y observe aussi le clivage qui s’opère entre les générations sous l’impulsion de nouvelles valeurs qui voyagent désormais jusqu’ici : l’attrait d’une vie moins rude à la ville, une meilleure instruction pour les enfants, une plus grande sécurité pour les aînés. « Le savoir est la clé du bonheur », admet Tundup.

Le documentaire appelle à la réflexion. Le questionnement devient nôtre. L’incertitude nous happe de plein fouet. Que ferions-nous ? À l’instar des nomades, nous ressentons la brisure. Autant les paysages grandioses de ce milieu de vie sont époustouflants de beauté, autant notre immersion dans leur quotidien donne le frisson tellement les conditions de vie y sont rudes. Surtout à la saison froide. Nous voilà au cœur du drame ! Difficile de rester indifférent.

« Ça nous plaît beaucoup que tu parles notre langue, dira Tundup. Tu me conseillerais de rester ou de partir ? Maintenant que nous sommes amis, tu dois me dire ». Présentant des rencontres d’une rare intimité, ce documentaire n’aurait pas été possible sans la maîtrise par la réalisatrice de la langue des nomades. Non plus que par sa capacité à établir une relation de proximité avec ceux que l’on désignera avant longtemps… les derniers nomades. Ce documentaire deviendra sans doute une référence sur la fin annoncée du nomadisme.

 

Bande-annonce du film

 

nuit-nomade 2

Dans un rapport publié en 1992 et mis à jour en 2000 intitulé « Tibet, Environment and Development Issues », le Department of Information and International Relations (DIIR) de la Central Tibetan Administration (Dharamsala, Inde), décrit les conséquences néfastes pour la population tibétaine et l’environnement du haut plateau tibétain résultant des politiques et des mesures appliquées par la Chine afin de développer supposément le Tibet.

Y sont examinés tour à tour dans une série de documents PDF (en anglais), les problématiques liées à la biodiversité, l’eau, l’agriculture, la foresterie, les mines, les déchets nucléaires, les pressions sur les populations, les droits humains et l’environnement. Ce rapport avait pour but de sensibiliser la communauté internationale et l’opinion publique sur la face cachée de la « Chinese Rule » appliquée au Tibet.

Si la mise à jour du rapport date d’une dizaine d’années, il y a néanmoins lieu de croire que l’essentiel des problématiques évoquées sont toujours d’actualité. C’est fort probablement la conclusion que retiendront les observateurs des politiques de développement appliquées par la Chine au Tibet, lesquelles confirment la volonté de main mise complète du régime chinois sur la population, la culture et les ressources de ce vaste territoire jadis indépendant, affirment les Tibétains, partie intégrante de l’Empire du milieu, objectent les Chinois.

Executive Summary

Tibet 2000 : Environment and Development Issues

La période de transition de la guerre civile vers la paix apparaît à bon nombre comme chaotique au Népal. De nombreux observateurs voient poindre l’anarchie. On craint l’effondrement de l’ordre social et la fragmentation de la nation.

La transition est confuse mais non pas anarchique, estime plutôt l’International Crisis Group (ICG), dans un rapport intitulé Nepal’s Political Rites of Passage, publié le 29 septembre 2010. L’ICG cherche à comprendre la culture politique du Népal et à évaluer l’état du processus de paix en cours dans ce pays en examinant trois questions majeures : la force et l’influence du parti maoïste dans le processus de transition et le risque d’une reprise de la guerre civile; la transition vers un état fédéral exacerbant les tensions ethniques et autonomistes; la capacité d’adaptation de l’État aux tensions actuelles alors que les grandes réformes promises tardent à se réaliser.

Pour l’instant, l’État semble plus flexible que fragile, estime l’ICG. Les maoïstes, sortis victorieux des dernières élections sans être majoritaires, apparaissent moins menaçants pour la paix que la transition vers un État fédéral, même s’ils n’exercent pas le pouvoir en raison d’une coalition des partis traditionnels.

La transition vers le fédéralisme encourage l’activisme ethnique ou autonomiste et s’accompagne fréquemment de débordements violents relevant davantage du modèle du « crime organisé » que de celui de la lutte politique armée. Les partis politiques se servent de ces démonstrations de force comme moyens de pression pour faire progresser leur cause.

Si l’État continue de s’appuyer sur les forces de sécurité, le système fait place à plus de tolérance à l’égard de cette violence pendant la transition. Ce qui n’est pas surprenant dans un régime faisant la part belle à la corruption depuis toujours.

Au Népal, le changement s’inscrit dans un rite de passage (sanskar en nepali) inhérent à la culture politique du pays. Les manquements par rapport aux supposées normes démocratiques  sont tolérés, par delà le discours, parce qu’ils sont en accord avec les règles traditionnelles qui régissent les comportements politiques.

Selon les observateurs de l’International Crisis Group, les leaders politiques népalais ne sont pas pas de véritables acteurs exerçant leur pouvoir pour agir sur la société. Ils semblent davantage les gardiens des valeurs et des pratiques traditionnelles tendant à maintenir l’ordre politique et social établi. À l’exception sans doute des maoïstes qui favorisent une transformation plus fondamentale de la société. La « menace » que représentent ces derniers pour les partisans du  statu quo, qui tâchent de les contenir, n’est pas à négliger… mais elle ne prendra pas nécessairement la voie de la lutte armée. Le grand voisin indien ne le permettrait sans doute plus. Selon l’ICG, le processus de paix ne se dirige peut-être pas vers une conclusion nette, prévisible et logique, comme s’évertuent à le souhaiter et à le proclamer , les leaders traditionnels népalais.  

Nepal’s Political Rites of Passage (Document PDF)

L’organisation internationale Human Rights Watch (HRW) a publié le 22 juillet 2010,  un rapport dans lequel elle dénonce la férocité de la répression au Tibet à la suite des émeutes de 2008. Intitulée « I saw it with my own eyes : Abuses by Chinese Security Forces in Tibet, 2008-2010 », l’enquête se fonde sur les témoignages de 200 Tibétains que HRW affirme avoir recoupés.

On se souviendra que le Gouvernement chinois a déclaré que seules 21 personnes avaient trouvé la mort, pour la plupart des Chinois Hans, dans l’incendie de leur boutique après que des manifestations pour commémorer le soulèvement tibétain du 10 mars 1959 aient dégénéré en violences urbaines le 14 et 15 mars 2008. Si les émeutes de Lhassa furent très médiatisée en Chine, les multiples incidents et manifestations qui suivirent dans les zones tibétaines adjacentes à la Région autonome du Tibet proprement dite, furent souvent passés sous silence.

À travers le récit de plusieurs témoins oculaires, le rapport décrit les différents abus commis par les forces de sécurité à la fois pendant et après les manifestations : usage disproportionné de la force pour disperser les manifestants, arrestations arbitraires à grande échelle, violences et tortures infligées aux suspects placés en garde à vue sans autre forme de procès.

Rappelant le contexte des événements de 2008 au Tibet et relatant les déclarations obtenues de témoins oculaires, le rapport dresse un tableau très différent de celui qu’a voulu montrer le Gouvernement chinois lors de ces  événements. C’est pourquoi le rapport de HRW plaide pour l’ouverture d’une enquête internationales sur la situation au Tibet.

Chine : Des témoins lèvent le voile sur des abus commis par les forces de sécurité au Tibet

I Saw It with My Own Eyes

La fonte rapide des glaciers himalayens en raison du réchauffement climatique semblait faire l’unanimité. Or, selon un rapport (discussion paper) rédigé par Vijay Kumar Raina, un glaciologue indien, pour le compte du Ministère de l’Environnement indien, il serait prématuré d’affirmer que les glaciers himalayens fondent anormalement en raison du réchauffement climatique.

Cette étude remettrait en question les conclusions du Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC), l’institution la plus spécialisée dans les changements climatiques à l’échelle mondiale.

Si la condition des glaciers de l’Himalaya n’est pas très bonne, leur fonte n’est pas aussi alarmante que les estimations du GIEC le laissent entendre, aurait déclaré le ministre indien de l’Environnement, cité par le quotidien Hindustan Times.

Selon un article récent de la revue Science, «plusieurs experts occidentaux, qui ont mené des études dans la région, sont d’accord avec l’analyse de Raina, même si elle entre en conflit avec ce qu’affirme le GIEC sur l’Himalaya.»

L’International Centre for Integrated Mountain Development (ICIMOD) exprime pour sa part des réserves sur les conclusions de V.K. Raina. L’argumentation est contenue dans un document PDF téléchargeable depuis le site d’ICIMOD. Voir «ICIMOD’s comments on the discussion paper… by V.K. Raina».

Enfin, le GIEC a reconnu récemment être allé un peu vite en annonçant que les glaciers de l’Himalaya fondaient plus rapidement qu’ailleurs et risquaient d’avoir disparu en 2035, cette affirmation n’étant pas établie scientifiquement. Une enquête serait en cours afin de déterminer comment cette affirmation a pu se retrouver dans le rapport du GIEC.

Himalayan Glaciers – A State-of-Art Review of Glacial Studies, Glacial Retreat and Climate Change

Les glaciers himalayens ne fondent pas (résumé)

Éclaircissement sur l’erreur du GIEC

 

Le statut historique du Tibet est au cœur d’une dispute qui semble sans fin. D’une part, la Chine affirme que le Tibet est une partie inaliénable de la Chine. Les Tibétains, d’autre part, maintiennent qu’historiquement, le Tibet a été un pays distinct et indépendant. Même si le Dalaï Lama accepte que le Tibet fasse désormais partie de la Chine tout en exigeant une plus grande autonomie culturelle,  la Chine lui reproche  de ne pas reconnaître que le Tibet a toujours été une partie intégrale de la Chine.

Dans une étude publiée par le East-West Center Washington (2004), Elliot Sperling analyse l’évolution des positions chinoises et tibétaines et examine comment les affirmations des deux parties sur le statut historique du Tibet résistent ou pas à l’examen des faits tels que corroborés par les écrits historiques rédigés en Chinois et en Tibétain, lesquels constituent les sources primaires d’information sur cette question.

Sperling affirme que certaines des affirmations tibétaines sur l’indépendance historique du Tibet ne sont pas complètement supportées par l’histoire. Tel serait le cas de la prétention des Tibétains relative à l’appartenance de certaines régions orientales du plateau tibétain au Tibet central sous la juridiction de Lhassa. Au cours de l’histoire, ces régions auraient fait l’objet d’arrangements informels, non articulés dans les ententes officielles, entre les puissances régionales chinoises et le Gouvernement de Lhassa.

De la même manière, nous dit Sperling, la prétention de la Chine à l’effet que le Tibet est une partie  intégrale de la Chine depuis le XIIIe siècle, s’avère  un argument qui a pris racine au XXe siècle. Les écrivains chinois décrivaient la place du Tibet dans la Chine impériale comme celle d’un État vassal, non pas comme une partie intégrale de la Chine. D’ailleurs, la traduction de l’original tibétain du traité tibéto-mongol de 1913, découvert en 2006, affirmerait conjointement l’indépendance du Tibet et de la Mongolie.

Par ailleurs,  d’autres arguments utilisés soit par les Chinois, soit par les Tibétains, sont également analysés par l’auteur, notamment le mode de désignation des réincarnations et la relation guide spirituel-protecteur ayant caractérisé les relations entre certains dalaï lamas et les dynasties ayant gouverné la Chine.

The Tibet-China Conflict: History and Polemics

The International Centre for Integrated Mountain Development (ICIMOD) est un centre régional favorisant le développement des connaissances relativement aux huit pays membres de la grande région de l’Hindu Kush – Himalaya : Afghanistan, Bengladesh, Bhoutan, Chine, Inde, Myanmar, Népal et Pakistan.

Ce centre a mis à disposition sur le Web, plusieurs études et recherche accessibles au format PDF touchant de nombreux aspects des montagnes de cette région (géographie physique, géographie humaine, environnement, biodiversité, changement climatique, développement durable, etc.)  qui constituent le milieu de vie de plusieurs millions de personnes.

 Icimod Books-Online : technical publications

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.