Une partie des cendres d’Edmund Hillary, premier vainqueur de l’Everest avec le Sherpa Tenzing Norgay en 1953, sera déposée dans un « mémorial » au Khumbu dans la région de l’Everest. Des arrangements avaient été pris avec Apa Sherpa, qui entreprend sa 20e ascension de l’Everest, afin que les cendres du Néo-Zélandais soient dispersées au sommet de la montagne, conformément à son souhait.

Toutefois, Ang Tenzing Sherpa, leader d’un groupe de citoyens du Khumbu ainsi que certains religieux bouddhistes, auraient fait valoir que la dispersion des cendres d’Hillary au sommet d’une montagne, considérée comme habitée par les dieux, serait de mauvaise augure et contraire à la culture et aux traditions du peuple sherpa. Il semble que les cendres seront plutôt conservés dans un mémorial érigé à sa mémoire pour souligner l’an prochain le 50e anniversaire de la première école construite par Hillary au Khumbu.

Je me permets ici un commentaire tout à fait personnel. Edmund Hillary était de son vivant adulé par les Sherpas du Khumbu. L’implication personnelle d’Hillary dans la construction d’un hôpital à Khunde, d’une première école à Khumjung, de l’aéroport de Lukla, de même que la fondation de l’Himalayan Trust pour soutenir financièrement la réalisation de projets visant à favoriser le développement de la communauté Sherpa du Khumbu ont fait de lui un héros « national » au sein de cette communauté.

La dispersion des cendres d’Hillary au sommet de l’Everest aurait certes constitué un événement médiatique, mais vite oublié. Un mémorial à sa mémoire aura beaucoup plus d’impact tout en ayant un effet durable. Hillary fait partie de l’histoire des Sherpas et du Khumbu. Combien de trekkeurs et d’alpinistes empruntent la piste de l’Everest en ayant conscience de marcher dans les pas de cet homme plus grand que nature qui a atteint le premier, le point culminant de la terre ? Ce mémorial ne viendra-t-il pas s’ajouter aux autres attraits de la région sur lesquels s’appuie la communauté Sherpa pour assurer son développement dans un milieu parmi les plus ingrats qui soient ?

S’il est toujours vrai que les Sherpas considèrent les sommets himalayens comme le refuge des dieux, il y a longtemps, me semble-t-il, qu’ils ont conclu que la présence humaine au sommet de ces montagnes n’était pas une offense à leurs dieux. Ils y accompagnent des expéditions alpines depuis plus de 50 ans. Dans cette perspective, en quoi la dispersion de cendres humaines sur le sommet de l’Everest offenserait-elle les dieux ?

Les Sherpas sont de fervents bouddhistes mais aussi des gens pragmatiques dotés d’un sens de l’entrepreneurship peu commun. Ils en ont fait la démonstration tout au long de leur histoire. Je les soupçonne d’avoir utilisé la tradition pour détourner avec élégance les dernières volontés de leur héros, faisant encore et encore la preuve de leur capacité d’adaptation et de leur propension à saisir les occasions qui servent au mieux l’intérêt de leur communauté. Un tout petit pas de plus et on pourrait croire qu’Hillary, jouant la carte de l’humilité, était de connivence avec eux et leur a facilité les choses !

À chaque fois qu’Hillary revenait au Khumbu, il se plaisait à dire que revenir dans cette région, c’était comme revenir chez lui après une absence. Le mémorial dédié à sa mémoire ne sera-t-il pas la preuve visible qu’il est revenu chez lui pour son dernier repos. Farfelu ! À chacun d’en juger.

 

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Dans un article paru dans le Journal du Parlement, Nouvelle série, n° 42 – Juin 2008, le sénateur Louis de Broissia tire les enseignements du récent soulèvement populaire en mars et avril 2008 à Lhassa et dans d’autres villes tibétaines. « Les masques sont tombés. Les autorités chinoises ne peuvent plus s’abriter derrière le discours glorifiant la liberté politique et le bien-être économique des Tibétains. Aujourd’hui, il est patent que le pouvoir au Tibet repose uniquement sur la force et sur la peur », y écrit Louis de Broissia.

Les Tibétains, notamment la jeune génération, n’acceptent toujours pas la domination de type colonial que la Chine exerce sur eux depuis bientôt soixante ans. En dépit de son exil prolongé et des campagnes « d’éducation patriotique » chinoises, l’immense majorité des Tibétains considère toujours le Dalaï Lama comme son chef spirituel et politique légitime. Seul ce dernier peut-il encore convaincre les Tibétains que le dialogue avec Pékin pour obtenir une véritable autonomie culturelle est la seule solution réaliste au problème tibétain.

À Pékin, les dirigeants qui tentent de diaboliser le Dalaï-Lama et qui comptent sur sa disparition pour une intégration définitive du Tibet à la mère patrie, font le mauvais pari. « Il devient urgent pour eux d’abandonner cette rhétorique stérile, et de prendre conscience de la chance qu’ils ont d’avoir pour interlocuteur un homme de paix et de dialogue comme Tenzin Gyatso, le 14ème Dalaï Lama », observe Louis de Broissia.

Pourquoi la Chine a besoin du Dalaï-Lama

Depuis 1960, le Dalaï-Lama, chef spirituel du bouddhisme tibétain, tente de sensibiliser les peuples du monde à la triste situation du Tibet, annexé par la Chine en 1951. Forcé de se réfugier en Inde en 1959, où il créé un gouvernement en exil, il entreprend une lutte pacifique pour préserver la culture tibétaine de l’influence chinoise qui pratique une politique de sinisation du Tibet.

Sur son site web, la Société Radio-Canada (SRC) présente un dossier d’archives comprenant 14 clips vidéo et 5 clips radio commentés relatant l’évolution de la situation au Tibet et les principaux événements qui ont marqué le « combat » du Dalaï-Lama depuis 1959 : révolte tibétaine et fuite du Dalaï-Lama en Inde en 1959; Émeutes au Tibet en 1987; Trente ans de répression au Tibet 1989; Tibet, silence de vie ou de mort 1996; La colonisation chinoise au Tibet; La langue tibétaine en péril… entre autres. À consulter aussi, une biographie du Dalaï-Lama.

Le Dalaï-Lama et la lutte tibétaine

Biographie du Dalaï-Lama

Sir «Ed», le premier vainqueur de l’Everest accompagné du Sherpa Tenzing Norgay, est décédé ce vendredi à l’hôpital d’Auckland en Nouvelle-Zélande. Il était âgé de 88 ans. La presse francophone parle abondamment du héros et de ses nombreux exploits. Malgré ses innombrables succès dans le cadre d’expériences hors du commun, Edmund Hillary aura fait preuve durant toute sa vie d’une grande humilité et d’une grande générosité. Les Néo-Zélandais sont aujourd’hui en deuil d’un grand compatriote. Il en va ainsi de toute la communauté du mountaineering, dont de nombreux adeptes trouvèrent en lui un modèle de courage et de détermination.

L’un des «exploits» sans doute moins connu de Sir Edmund est son implication personnelle dans le développement du Khumbu, le pays des Sherpas situé dans les hautes vallées au pied de l’Everest. Il a notamment fondé l’Himalayan Trust dans le but de financer la construction d’écoles, d’hôpitaux et de dispensaires médicaux afin d’améliorer la qualité de vie des Sherpas. Il s’impliqua aussi dans la restauration de plusieurs temples bouddhistes et dans la mise sur pied de programmes de reboisement au Khumbu. Soucieux de la dégradation du milieu naturel du Khumbu à la suite de l’afflux du tourisme, il suggéra au roi du Népal de faire de la région de l’Everest une zone protégée , laquelle est devenue le Parc National Sagarmatha.

De passage au Khumbu un jour, il expliquait aux Sherpas venus en grand nombre le rencontrer, qu’il était heureux de leur rendre ainsi une petite part de l’aide dont il avait bénéficiée de leur communauté lors de sa victoire sur l’Everest. Sir «Ed» aimait à dire qu’au Khumbu, il se sentait aussi chez-lui. Les Sherpas lui vouent une grande admiration. Aussi c’est la communauté sherpa toute entière qui est aujourd’hui en deuil d’un grand ami.