Le statut historique du Tibet est au cœur d’une dispute qui semble sans fin. D’une part, la Chine affirme que le Tibet est une partie inaliénable de la Chine. Les Tibétains, d’autre part, maintiennent qu’historiquement, le Tibet a été un pays distinct et indépendant. Même si le Dalaï Lama accepte que le Tibet fasse désormais partie de la Chine tout en exigeant une plus grande autonomie culturelle,  la Chine lui reproche  de ne pas reconnaître que le Tibet a toujours été une partie intégrale de la Chine.

Dans une étude publiée par le East-West Center Washington (2004), Elliot Sperling analyse l’évolution des positions chinoises et tibétaines et examine comment les affirmations des deux parties sur le statut historique du Tibet résistent ou pas à l’examen des faits tels que corroborés par les écrits historiques rédigés en Chinois et en Tibétain, lesquels constituent les sources primaires d’information sur cette question.

Sperling affirme que certaines des affirmations tibétaines sur l’indépendance historique du Tibet ne sont pas complètement supportées par l’histoire. Tel serait le cas de la prétention des Tibétains relative à l’appartenance de certaines régions orientales du plateau tibétain au Tibet central sous la juridiction de Lhassa. Au cours de l’histoire, ces régions auraient fait l’objet d’arrangements informels, non articulés dans les ententes officielles, entre les puissances régionales chinoises et le Gouvernement de Lhassa.

De la même manière, nous dit Sperling, la prétention de la Chine à l’effet que le Tibet est une partie  intégrale de la Chine depuis le XIIIe siècle, s’avère  un argument qui a pris racine au XXe siècle. Les écrivains chinois décrivaient la place du Tibet dans la Chine impériale comme celle d’un État vassal, non pas comme une partie intégrale de la Chine. D’ailleurs, la traduction de l’original tibétain du traité tibéto-mongol de 1913, découvert en 2006, affirmerait conjointement l’indépendance du Tibet et de la Mongolie.

Par ailleurs,  d’autres arguments utilisés soit par les Chinois, soit par les Tibétains, sont également analysés par l’auteur, notamment le mode de désignation des réincarnations et la relation guide spirituel-protecteur ayant caractérisé les relations entre certains dalaï lamas et les dynasties ayant gouverné la Chine.

The Tibet-China Conflict: History and Polemics

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La République Populaire de Chine (RPC) affirme que sa relation avec le Tibet est une affaire intérieure car le Tibet est, depuis des siècles, une partie intégrante de la Chine. Dans un article publié sur Tibet-info, Michael C. can Walt van Praag trace l’histoire du Tibet depuis l’établissement de la dynastie Yarlung en 127 A.C. Il résume les relations qu’a entretenues le Tibet avec l’empire mongol, la dynastie chinoise Ming et la dynastie Qing des mandchous qui ont tour à tour gouverné la  Chine avant la révolution chinoise de 1911.

Le Tibet ne fut jamais annexé à l’Empire mandchou, ni même à la Chine. Il  continua de conduire ses relations avec les Etats voisins pour la plupart de façon autonome. «Au cours de ses 2 000 ans d’histoire, le Tibet n’a subi d’influences étrangères que pendant de brèves périodes : au XIIIe et au XVIIIe siècles», écrit  l’auteur. «D’un point de vue juridique, le Tibet n’a jamais perdu son statut. Il s’agit d’un pays indépendant soumis à une occupation illégale. Ni l’invasion militaire chinoise ni l’occupation continue par l’Armée populaire de libération n’ont transféré à la Chine la souveraineté du Tibet», poursuit-t-il.

Les Chinois au Tibet

9 décembre 2006

En ce début du XXIe siècle, les relations de la Chine et du Tibet semblent clairement définies car ce dernier est administrativement intégré à la République populaire de Chine avec un statut de région autonome. Pour des raisons de politique internationale contemporaine, le sujet reste pourtant des plus délicats car il pose la question de la dépendance ou de l’indépendance passée du Tibet. Si ces relations trouvent leur origine dans l’histoire médiévale de ce pays, avec les alliances matrimoniales entre les familles régnantes chinoises et tibétaines, elles ont pris un aspect particulier à partir du XVIIIe siècle. Déjà, leur principe était singulier ; il se transforma quand, au XIXe siècle, le Tibet devint un enjeu international. Laurent Deshayes, auteur d’une Histoire du Tibet, (Fayard, 1997), décrit l’évolution des relations sino-tibétaines dans toute leur complexité. [Source: Clio]

Le Tibet, pays limitrophe de trois grandes puissances, à savoir la Grande-Bretagne, la Chine et la Russie, fut placé au XIXe siècle sur la liste des lieux stratégiques à conquérir par celles-ci. Laurent Deshayes, membre du Centre de recherche en histoire internationale et atlantique à l’Université de Nantes, nous explique comment les difficultés intérieures et internationales de chacune d’entre elles, la configuration montagneuse du Tibet ainsi que l’ignorance dans laquelle il vivait vis-à-vis du reste du monde contribuèrent pendant longtemps à isoler celui-ci et à laisser se conclure des traités qui décidaient de son avenir. Ce n’est que récemment que les responsables tibétains comprirent qu’il était vital de sortir d’un isolationnisme qu’ils avaient contribué à maintenir et qui faisait de leur pays un enjeu géopolitique au XXe siècle. [Source: Clio]

Note d’actualité sur les événements ayant conduit à la conquête de la démocratie au Népal, publiée par Le Centre d’information géopolitique de la Commission des Recours des Réfugiés (France). Y sont relatés : le mouvement populaire de 1990 qui mit fin à la monarchie absolue; les revendications révolutionnaires et le début de la guerre civile en 1996; la restauration de la monarchie absolue par le roi Gyanendra en 2005; la révolte populaire d’avril 2006 forçant le roi à rétablir le Parlement et à demander aux partis politiques de former un nouveau gouvernement.

Népal: la marche vers la démocratie

De part et d’autre de la frontière artificielle que constitue l’Himalaya, notamment l’Everest, « deux pays se sont formés autrefois, le Tibet et le Népal, mais aucun des deux n’a pu réellement maîtriser la délimitation de son espace, et donc de ses limites », écrit Pierre Chapoutot. Son étude s’intéresse symétriquement à l’histoire du Népal et du Tibet, avec en toile de fond, le rôle des grandes puissances coloniales et la problématique des relations entre l’Inde et la Chine. Un véritable concentré d’histoire sur l’Asie du sud.

Géopolitique de l’Everest

Le drame qui se joue au Tibet est unique, dans son étendue comme dans son  intensité. Depuis 50 ans, la Chine a soumis le Tibet à un système de répression qui  frappe aussi bien les hommes que la culture bouddhiste, tout en instaurant parallèlement une colonisation humaine et économique qui avale peu à peu la population tibétaine de souche, tandis que les ressources du pays font l’objet d’une exploitation sans retenue.  Selon plusieurs, le présence chinoise sur le territoire tibétain est illégitime : le Tibet est un pays occupé, colonisé et la Chine y commet un ethnocide. Un génocide même, de l’avis de certains.

En décrivant le Tibet sous l’angle de ses relations historiques avec la Chine dans une perspective géopolitique, Pierre Chapoutot, professeur d’histoire et de géographie, nous fait part d’une situation beaucoup plus complexe. Son analyse est empreinte d’une neutralité que l’on retrouve rarement dans les articles traitant de la grande question du Tibet. Un article incontournable pour qui s’intéresse à l’avenir du Tibet.

Tibet imaginaire, Tibet réel (Document PDF-1) 

Tibet imaginaire, Tibet réel (Document PDF-2)