L’histoire  de l’himalayisme sur les sommets de 8 000 mètres (Himalaya et Karakoram) indique que depuis la deuxième guerre mondiale, le taux des ascensions réussies a augmenté au fil des ans tandis que le taux des décès et des accidents a dramatiquement chuté. Pourquoi une telle amélioration ? Est-ce principalement en raison des innovations technologiques, d’une meilleure organisation des expéditions, de l’apprentissage résultant des expériences alpines antérieures, de la présence de grimpeurs plus expérimentés ou simplement de la chance ? Si certains résultats de l’analyse statistique confirment ce à quoi l’on s’attendait intuitivement (innovations technologiques par exemple) d’autres se révèlent par ailleurs assez surprenants. En prime, une brève histoire de la conquête des 8,000 mètres.

Learning by (not) Dying on the 8,000 m Peaks in the Himalaya and Karakoram

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« La modernisation de l’alpinisme français ayant conduit à la conquête de l’Annapurna n’est pas un fait isolé, mais accompagne exactement celle de la société française toute entière, écrit Pierre Chapoutot. On y discerne la volonté d’inscrire l’alpinisme dans le registre de la gloire et du prestige national ». L’auteur analyse l’événement en le contextant dans une société française dont l’année 1950 « clôt une décennie marquée par plus de malheurs que de moments de grâce ». Loin de prétendre à un lien direct entre la victoire sur l’Annapurna et les incertitudes de l’opinion française, il n’exclut pas cependant que ces incertitudes aient pu trouver une réponse dans la figure d’un sauveur ou d’un héros incarné par Maurice Herzog.

Cette perspective n’a pas fait l’unanimité mais la polémique a mis du temps à sortir publiquement. « Les données en sont connues, poursuit Chapoutot : Maurice Herzog et les dirigeants de l’alpinisme français auraient organisé autour de l’événement un coup médiatique magistral, qui aurait eu pour conséquence de donner de son déroulement une description idéalisée et romancée, par le moyen d’un discours univoque et captif, pour le plus grand bénéfice (moral et matériel) du seul Herzog. De ce fait, les autres acteurs de l’expédition, à commencer par Louis Lachenal, auraient été privés de la reconnaissance à laquelle ils avaient droit ».

Actualité de l’Annapurna

Dans un texte écrit en 2005, Pierre Chapoutot se livre à une relecture critique de la conquête de l’Annapurna où sont dénoncés tour à tour ce qu’il nomme les «grandes dérives de l’alpinisme» : le vedettariat et le culte du héros qui ne se trouve pas toujours là où l’on pense ; l’himalayisme comme «dévouement à une grande cause engageant des hommes d’une trempe exceptionnelle et méritant la reconnaissance de la nation» ; enfin, l’himalayisme commercial «comme effet de mode centré sur le dévouement à l’égo qui valorise la quête de l’aventure, à condition qu’elle soit livrée clés en mains, et si possible sans risques».

L’alpinisme a-t-il besoin de héros ?

Hélène Guy analyse quatre récit d’expédition sur l’Everest afin de «dégager la figure de l’Everest telle qu’elle s’inscrit dans l’Orient mythique», qu’aucun alpiniste ne mentionne mais qui est bien présent dès que le grimpeur est confronté à la fascination, au mystère, à la difficulté et à l’exotisme qui marquent toute expédition himalayenne. L’auteure interroge d’abord le rêve en tant qu’élément initiateur de l’aventure. Puis elle analyse la stucture des récits d’expédition. Enfin, elle tâche de retracer la perception de l’Autre dans le discours des grimpeurs, celle des sherpas en l’occurence.

Les quatres récits analysés sont : Victoire sur l’Everest du Néo-Zélandais Edmund Hillary et du Sherpa Tensing Norgay, premiers vainqueurs de la montagne en 1953;  L’Everest m’a conquis du Québécois Yves Laforest qui établit une relation intime avec la montagne; Tragédie à l’Everest du journaliste américain Jon Krakauer, survivant d’une expédition commerciale lors de  l’hécatombe de 1996;  Le Journal sur le toit du monde du journaliste Marco Fortier paru dans le Journal de Montréal en 2000, qui ne parvient pas à rendre vraisemblable depuis son poste d’observation au camp de base, l’ascension de quatres grimpeurs canadiens.

La figure de l’Everest dans le récit d’expédition