La période de transition de la guerre civile vers la paix apparaît à bon nombre comme chaotique au Népal. De nombreux observateurs voient poindre l’anarchie. On craint l’effondrement de l’ordre social et la fragmentation de la nation.

La transition est confuse mais non pas anarchique, estime plutôt l’International Crisis Group (ICG), dans un rapport intitulé Nepal’s Political Rites of Passage, publié le 29 septembre 2010. L’ICG cherche à comprendre la culture politique du Népal et à évaluer l’état du processus de paix en cours dans ce pays en examinant trois questions majeures : la force et l’influence du parti maoïste dans le processus de transition et le risque d’une reprise de la guerre civile; la transition vers un état fédéral exacerbant les tensions ethniques et autonomistes; la capacité d’adaptation de l’État aux tensions actuelles alors que les grandes réformes promises tardent à se réaliser.

Pour l’instant, l’État semble plus flexible que fragile, estime l’ICG. Les maoïstes, sortis victorieux des dernières élections sans être majoritaires, apparaissent moins menaçants pour la paix que la transition vers un État fédéral, même s’ils n’exercent pas le pouvoir en raison d’une coalition des partis traditionnels.

La transition vers le fédéralisme encourage l’activisme ethnique ou autonomiste et s’accompagne fréquemment de débordements violents relevant davantage du modèle du « crime organisé » que de celui de la lutte politique armée. Les partis politiques se servent de ces démonstrations de force comme moyens de pression pour faire progresser leur cause.

Si l’État continue de s’appuyer sur les forces de sécurité, le système fait place à plus de tolérance à l’égard de cette violence pendant la transition. Ce qui n’est pas surprenant dans un régime faisant la part belle à la corruption depuis toujours.

Au Népal, le changement s’inscrit dans un rite de passage (sanskar en nepali) inhérent à la culture politique du pays. Les manquements par rapport aux supposées normes démocratiques  sont tolérés, par delà le discours, parce qu’ils sont en accord avec les règles traditionnelles qui régissent les comportements politiques.

Selon les observateurs de l’International Crisis Group, les leaders politiques népalais ne sont pas pas de véritables acteurs exerçant leur pouvoir pour agir sur la société. Ils semblent davantage les gardiens des valeurs et des pratiques traditionnelles tendant à maintenir l’ordre politique et social établi. À l’exception sans doute des maoïstes qui favorisent une transformation plus fondamentale de la société. La « menace » que représentent ces derniers pour les partisans du  statu quo, qui tâchent de les contenir, n’est pas à négliger… mais elle ne prendra pas nécessairement la voie de la lutte armée. Le grand voisin indien ne le permettrait sans doute plus. Selon l’ICG, le processus de paix ne se dirige peut-être pas vers une conclusion nette, prévisible et logique, comme s’évertuent à le souhaiter et à le proclamer , les leaders traditionnels népalais.

Nepal’s Political Rites of Passage (Document PDF)

Une page d’histoire vient de s’écrire au Népal. La monarchie népalaise a été abolie et la république a été proclamée lors de la session inaugurale de l’Assemblée constituante qui se tenait en fin de journée à Katmandou. Le texte voté par l’assemblée constituante stipule que le Népal devient «un état indépendant, indivisible, souverain, laïc et une république démocratique», précisant en outre que «tous les privilèges accordés au roi et à la famille royale cessent d’être valides à partir d’aujourd’hui».

Vieille de 239 ans, la dynastie Shah, qui avait unifié le Népal au XVIIIe siècle, voit son dernier représentant, le roi Gyanendra, sommé de quitter le palais Narayanhiti. «Dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle république, l’Assemblée constituante somme le roi résidant au palais Narayanhiti et son secrétariat privé de quitter le palais d’ici 15 jours», a déclaré le Président d’assemblée.

Tandis que le gouvernement a déployé 10 000 policiers dans les rues de la capitale par mesure de précaution, le Parti communiste népalais-maoïste (PCN-M), vainqueur aux dernières élections a mobilisé 20 000 de ses militants pour célébrer l’avènement de la République.

L’abolition de la monarchie est principalement attribuable aux maoïstes qui en ont fait un objectif non négociable. Pour préserver un accord de paix plutôt fragile signé en novembre 2006 avec la rébellion maoïste, les partis parlementaires s’y sont ralliés d’abord sans grand enthousiasme.

Le roi Gyanendra avait été dépouillé de ses prérogatives, y compris celles de Chef de l’État et de Commandant en chef de l’Armée royale du Népal, à la suite d’une révolte populaire, orchestrée par les partis politiques et soutenue par les maoïstes, qui a secoué le pays en avril 2006. Âgé de 60 ans, Gyanendra, riche homme d’affaires, était très impopulaire. Une large partie de la population le soupçonne toujours d’être l’instigateur de la tuerie qui décima toute la famille de son frère, l’ex-roi Birendra, à la suite de laquelle il accéda au trône.

En outre, les Népalais ne lui ont jamais pardonné son coup de force du 1er février 2005 lorsqu’il s’est arrogé les pleins pouvoirs après avoir démit le Parlement et décrété l’état d’urgence, sous prétexte que le gouvernement n’arrivait pas à stopper la l’insurrection maoïste. Encore moins la brutalité avec laquelle il a tenté de réprimer les manifestations pacifiques appelant au rétablissement du Parlement alors qu’il donna ordre à la police et à l’armée de tirer à vue sur les manifestants désarmés. À l’exception de quelques bombes artisanales de faible intensité qui ont marqué les dernières heures de la monarchie, la proclamation de la république, annoncée depuis longtemps, n’aura donné lieu à aucun affrontement majeur.

Sources des infos : Cyberpresse, Radio-Canada, Le Monde, E-Kantipur News, NepalNews.

Note d’actualité sur les événements ayant conduit à la conquête de la démocratie au Népal, publiée par Le Centre d’information géopolitique de la Commission des Recours des Réfugiés (France). Y sont relatés : le mouvement populaire de 1990 qui mit fin à la monarchie absolue; les revendications révolutionnaires et le début de la guerre civile en 1996; la restauration de la monarchie absolue par le roi Gyanendra en 2005; la révolte populaire d’avril 2006 forçant le roi à rétablir le Parlement et à demander aux partis politiques de former un nouveau gouvernement.

Népal: la marche vers la démocratie