Dans un article paru dans le Journal du Parlement, Nouvelle série, n° 42 – Juin 2008, le sénateur Louis de Broissia tire les enseignements du récent soulèvement populaire en mars et avril 2008 à Lhassa et dans d’autres villes tibétaines. « Les masques sont tombés. Les autorités chinoises ne peuvent plus s’abriter derrière le discours glorifiant la liberté politique et le bien-être économique des Tibétains. Aujourd’hui, il est patent que le pouvoir au Tibet repose uniquement sur la force et sur la peur », y écrit Louis de Broissia.

Les Tibétains, notamment la jeune génération, n’acceptent toujours pas la domination de type colonial que la Chine exerce sur eux depuis bientôt soixante ans. En dépit de son exil prolongé et des campagnes « d’éducation patriotique » chinoises, l’immense majorité des Tibétains considère toujours le Dalaï Lama comme son chef spirituel et politique légitime. Seul ce dernier peut-il encore convaincre les Tibétains que le dialogue avec Pékin pour obtenir une véritable autonomie culturelle est la seule solution réaliste au problème tibétain.

À Pékin, les dirigeants qui tentent de diaboliser le Dalaï-Lama et qui comptent sur sa disparition pour une intégration définitive du Tibet à la mère patrie, font le mauvais pari. « Il devient urgent pour eux d’abandonner cette rhétorique stérile, et de prendre conscience de la chance qu’ils ont d’avoir pour interlocuteur un homme de paix et de dialogue comme Tenzin Gyatso, le 14ème Dalaï Lama », observe Louis de Broissia.

Pourquoi la Chine a besoin du Dalaï-Lama

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En mars 2008, à la veille de la tenue des Jeux Olympiques de Pékin, le haut plateau tibétain a été secoué par un soulèvement populaire. Ce soulèvement a surpris le monde entier par son ampleur et son étendue. Les émeutes de Lhassa ont constitué le coup d’envoie d’un vaste mouvement de contestation qui a embrasé la Région autonome du Tibet et s’est propagé dans les provinces chinoises voisines à forte population tibétaine.

Dans un article publié sur le site EchoGéo, Françoise Robin dresse d’abord une courte chronologie des événements récents, puis expose les possibles raisons pour expliquer cette rébellion massive. L’auteur y pose la question d’un soulèvement spontané ou organisé et aborde les problématiques relatives à la politique religieuse de la Chine, au recul de la langue tibétaine dans la vie publique, aux grands perdants de la croissance au Tibet, à la sédentarisation forcée des nomades tibétains et enfin, à la réaction du pouvoir chinois.

Mars–Avril 2008 : que s’est-il passé au Tibet ?

Depuis 1960, le Dalaï-Lama, chef spirituel du bouddhisme tibétain, tente de sensibiliser les peuples du monde à la triste situation du Tibet, annexé par la Chine en 1951. Forcé de se réfugier en Inde en 1959, où il créé un gouvernement en exil, il entreprend une lutte pacifique pour préserver la culture tibétaine de l’influence chinoise qui pratique une politique de sinisation du Tibet.

Sur son site web, la Société Radio-Canada (SRC) présente un dossier d’archives comprenant 14 clips vidéo et 5 clips radio commentés relatant l’évolution de la situation au Tibet et les principaux événements qui ont marqué le « combat » du Dalaï-Lama depuis 1959 : révolte tibétaine et fuite du Dalaï-Lama en Inde en 1959; Émeutes au Tibet en 1987; Trente ans de répression au Tibet 1989; Tibet, silence de vie ou de mort 1996; La colonisation chinoise au Tibet; La langue tibétaine en péril… entre autres. À consulter aussi, une biographie du Dalaï-Lama.

Le Dalaï-Lama et la lutte tibétaine

Biographie du Dalaï-Lama

S’exprimant hier depuis Dharamsala, siège du Gouvernement tibétain en exil, le Dalaï-Lama a dénoncé le «génocide culturel» en cours au Tibet et a réclamé l’ouverture d’une enquête internationale sur la répression chinoise. Craignant le pire pour ses compatriotes, il en a appelé à tous, y compris les dirigeants chinois. Continuant à prôner la non-violence et à exiger une large autonomie culturelle du Tibet à l’intérieur de la Chine, il n’a pas dérogé à sa ligne de conduite habituelle, malgré les pressions de plusieurs associations de défense des Tibétains plus radicales qui exigent l’indépendance du Tibet et le retour du Dalaï-Lama dans son pays.

Sur le terrain, les autorités chinoises ont repris le contrôle de Lhassa mais les manifestations se seraient étendues aux provinces voisines. Il est toutefois difficile de savoir vraiment ce qui s’y passe, la Chine ayant restreint l’accès aux médias étrangers au Tibet et bloqué l’accès Internet à tout matériel compromettant pour elle, et ce malgré un engagement formel des autorités chinoises à donner libre accès à la presse internationale pour toute la durée de la préparation et du déroulement des JO de Pékin à l’été 2008.

Ces événements tragiques, à cinq mois des JO de Pékin, concrétisent certainement le pire des scénarios envisagés par la Chine. Faut-il s’en surprendre ?

Les événements violents des derniers jours au Tibet résultent, à n’en pas douter, de l’exaspération des Tibétains, une minorité particulièrement surveillée et harcelée par les autorités chinoises qui appliquent depuis l’annexion du Tibet, une politique d’assimilation du peuple tibétain et de colonisation du territoire tibétain au profit de l’ethnie majoritaire Han. Campagne d’éducation patriotique, contrôle et noyautage des monastères, arrestations arbitraires, emprisonnements, torture sont monnaie courante pour les Tibétains. Plus récemment, l’intention des autorités chinoises de désigner elles-mêmes le successeur du Dalaï-Lama, le chef spirituel du bouddhisme tibétain. La surveillance et les contrôles des autorités chinoises se sont accrus à l’approche des jeux pour empêcher tout débordement de cette «minorité séparatiste» à la solde de la «clique du Dalaï-Lama».

Par ailleurs, les Tibétains, conscients que la Chine était en cette année olympique à l’avant-plan de la scène internationale, y ont vu une occasion unique, peut-être la dernière, de rappeler au monde entier que leur culture est en train de mourir sous la main mise chinoise et de faire connaître les souffrances qu’ils endurent depuis plus de 50 ans alors que les droits humains les plus élémentaires sont bafoués par les dirigeants chinois .

La préoccupation du régime chinois de faire taire les dissidents tibétains avant la cérémonie d’ouverture de JO et la préoccupation des Tibétains de se faire entendre avant la cérémonie de clôture constituait un mélange explosif.

Alors que le Dalaï-Lama prône le dialogue avec la Chine et la non-violence, pourquoi les Tibétains s’en sont-ils pris aux boutiques des Chinois Han au Barkhor, le grand marché entourant le Jokhang, l’un des monastères bouddhistes parmi les plus sacrés et célèbres de Lhassa ? N’est-ce pas là, aux yeux des Tibétains, la manifestation la plus tangible de la main mise de la Chine sur le Tibet que l’appropriation par les Chinois du quartier historique de Lhassa, le cœur même de leur patrie ?

Signe aussi que l’approche de la vieille garde tibétaine qui compose le Gouvernement du Tibet en exil ne fait pas l’unanimité chez les Tibétains. La jeunesse tibétaine rassemblée notamment au sein du Congrès de la jeunesse tibétaine (TYC), tout en respectant l’autorité morale du Dalaï-Lama, est plus radicale. Son constat est que le dialogue avec Pékin n’a rien donné au cours des six dernières années. Au contraire, le discours chinois s’est durci, observe le TYC. Aussi, revendique-t-il ouvertement l’indépendance du Tibet.

La communauté internationale appuie l’approche conciliante du Dalaï-Lama et invite la Chine à dialoguer avec lui. De nombreux observateurs notent que dans l’état actuel des choses, à la mort du Dalaï-Lama, qui a 73 ans, il est à envisager que les partisans de l’indépendance présenteront la méthode forte comme la seule option valable pour empêcher le génocide culturel et gagneront à leur cause une majorité d’exilés. Advenant le cas, les conséquences sont faciles à imaginer. La Chine sera impitoyable mais y perdra des plumes. Qu’attend donc la Chine pour agir en conformité de l’image qu’elle veut projeter d’elle-même face au monde ?

Court exposé sur la situation historique du Tibet

Le troisième rapport du Groupe d’information sur le Tibet, présidé par le sénateur Louis de Broissia, est maintenant disponible sur le Web. Ce rapport fait suite à une mission du Sénat français qui s’est rendue au Tibet en août 2006. Ce rapport très documenté aborde plusieurs dimensions de la question tibétaine. Entre autres : l’espace tibétain, un pays démantelé territorialement ; l’histoire contemporaine du Tibet, un enjeu politique ; le développement du Tibet, l’envers du décor ; le dialogue Chine-Tibet, vers une solution au problème tibétain ; cent questions sur le Tibet.

Dans la conclusion de son rapport, le Groupe d’information sur le Tibet exprime l’avis que si la République populaire de Chine a choisi de se joindre au concert des nations, en commerçant selon les règles fixées par l’Organisation Mondiale du Commerce et en siégeant au Conseil de sécurité des Nations Unies, elle ne peut ignorer que « l’interpellation tibétaine reste majeure aux yeux de l’Occident et de l’opinion de toutes les démocraties ». Aussi, faut-il aller au-delà de la controverse historique d’un Tibet jadis indépendant ou chinois, et reconnaître que «le dialogue entre les autorités chinoises et les représentants du Dalaï-Lama apparaît aujourd’hui comme la seule voie vers une solution politique». Un document incontournable pour qui s’intéresse au Tibet.

Quelle solution politique pour le Tibet ?

Rapports précédents :

Le Tibet en exil : à l’école de la démocratie

Tibet : un peuple en danger

Dans un rapport présenté en juin 2007, Human Rights Watch déplore que « le gouvernement chinois déplace les bergers tibétains par la force vers des zones urbaines et des terres agricoles, détruisant ainsi leurs moyens de subsistance et leur mode de vie. En outre il leur refuse l’accès à la justice pour les violations de leurs droits».

village

La campagne menée par le gouvernement chinois depuis près de sept ans pour déplacer les bergers tibétains vers des zones urbaines brime leurs droits. De nombreux bergers ont été contraints d’abattre leur bétail et de déménager dans des colonies de logements nouvellement construits, sans avoir été consultés ni indemnisés, affirme Human Rights Watch dans son rapport.

Ce rapport décrit la façon dont la politique gouvernementale de réinstallation forcée a violé les droits économiques et sociaux des bergers tibétains. Il s’appuie sur des entretiens menés de juillet 2004 à décembre 2006, auprès d’environ 150 Tibétains provenant des zones directement touchées.

Photo : Human Right Watch

Le gouvernement chinois respecte-t-il les droits fondamentaux applicables aux enfants tibétains lorsque ceux-ci sont détenus pour divers motifs, notamment lors de délits à incidence qualifiée de politique ? Contribue-t-il au développement des enfants tibétains en matière d’éducation, de soins de santé et de nutrition ? Ces questions ont fait l’objet d’une enquête par le Centre pour la justice au Tibet (anciennement désigné Comité international des avocats pour le Tibet). Le rapport résultant de cette enquête, publié en s 2001, rédigé sous l’angle des droits de l’homme, vise à décrire l’impact des politiques et du comportement des autorités chinoises sur les enfants tibétains et à contribuer à une meilleure connaissance de leurs conditions de vie.

La vie des enfants tibétains sous l’autorité chinoise (document Word en français téléchargeable)

Autres documents récents sur le même sujet :

Violence, discrimination and neglect towards tibetan children (texte en anglais)

Violence, discrimination and neglect towards tibetan children (traduction française par Google)